dimanche 28 décembre 2014

Une - autre - très sympathique soirée entre confrères

Bonsoir à vous, les amateurs de bonnes choses ! 


Un mur qu'on aimerait avoir chez soi :)
Au début du mois j'ai eu l'occasion d'être convié à une soirée dégustation avec d'autres membres de la Confrérie de Rhum (le groupe Facebook) à la boutique d'Odéon de la Maison du Whisky.

En deux mots, la Maison du Whisky (LMDW pour les intimes) est une entreprise qui importe, distribue et vend (dans ses quelques enseignes) principalement des spiritueux.
Comme vous êtes malins, vous aurez deviné qu'ils sont spécialisés dans le whisky, bien vu ! Heureusement pour moi, ils ont à leur catalogue tout un tas d'autres spiritueux : cognac, calvados... Et bien sûr, rhum !
C'est justement cette boutique tout à côté d'Odéon à Paris, qui offre le choix le plus varié, avec au rez-de-chaussée et au sous-sol le magasin à proprement parler et un espace dégustation au premier étage. J'ai d'ailleurs hésité à appeler cet article : "La ligne 4 ou ma route du rhum - 4ème arrêt : Odéon", mais cet article porte plus sur la soirée que sur la boutique en elle-même.


Rendez-vous était donc donné juste après la fermeture du magasin pour les privilégiés du soir. L'idée : déguster des rhums de chez Velier (plus besoin que je vous présente cette honorable maison italienne ;)) ; je prends !



Deux des nouveaux demerara.
Simplement une très jolie photo !
Un petit mot tout de même pour vous dire que dans l'après-midi avait lieu une dégustation de quelques-uns de ces rhums, ouverte au public. Il y a un certain nombre de dégustations du genre à la boutique d'Odéon, renseignez-vous, ça peut valoir le coup (et il y a de tous les spiritueux, pas que du rhum).
Je n'ai pu que profiter de quelques minutes de cet évènement, juste le temps de me voir offrir un clairin Sajous sur glace, et pourquoi pas ?



Après avoir salué quelques confrères que j'avais déjà pu rencontrer lors d'autres événements, direction le premier étage, c'est là que ça va se passer.

Je vois un petit peu se qui se trouve sur la table : des clairins, des Caronis, des Demerara... Bon bon bon, ça va bien se mettre tout ça :D

Le Daniele en pleine contemplation.
Mais avant de passer à la dégustation, nous attendons notre maître de cérémonie : Daniele (prononcez à l'italienne : Daniélé).

Daniele travaille chez Velier et j'ai eu l'occasion de le rencontrer et de parler avec lui à plusieurs reprises ; quelqu'un de passionnant, qui a vécu de nombreuses expériences rhumesques et qui en connait un rayon.



Ça remplit, ça remplit... ça remplit ;) 
Bien sûr, Raoul et ses camarades de LMDW seront également là pour s'assurer que tout se passe bien (comprendre : que les verres soient toujours pleins ;)).

Je vais également profiter de la présence d'un confrère photographe pour illustrer cet article de photos d'une bien meilleure qualité que d'habitude :D (comment ça, c'est pas dur ?!). Il va y en avoir un paquet !


Merci à Cig Cigar ;)


Les trois côte à côte.
Nous ouvrons les hostilités par Haïti et un de ses clairins : le Sajous version 2013. Ces clairins sont définitivement super intéressants. Rappelons que ce sont des rhums (blancs) élaborés à partir de jus de canne (et pas de mélasse) qui offrent des arômes très intenses qui viennent principalement du temps de fermentation très long. Velier nous présente depuis l'année dernière des clairins de trois distilleries différentes : Sajous, Vaval et Casimir. Ces premiers millésimes (2012) ont des profils très différents les uns des autres (que dire de l'extrême Casimir ?!) et ma préférence allait au Vaval, que je trouvais le plus équilibré des trois, avec une très belle proposition à mi-chemin entre les caractéristiques d'un pur rhum agricole et des arômes rares et riches de fruits et de truffe, autrement dit, à la jonction du Sajous et du Casimir.

Les 2013 sont pour moi moins éloignés les uns des autres mais toujours exceptionnels de richesse aromatique.


Les bouteilles au fond sont ouvertes :D
En plus de nous parler des rhums en eux-mêmes, Daniele nous raconte Haïti et c'est captivant : un quelque chose de Paradis perdu.
Un pays épargné par beaucoup des travers de l'industrialisation et de la modernité, une nature vierge, des habitants très accueillants et des produits les plus naturels possibles.


Sur la photo de gauche, en plus des trois bouteilles sur lesquelles je vais revenir, l'ordinateur portable sur lequel Daniele nous a montré bon nombre de photos d'un de ses voyages à Haïti et surtout, bien sûr, des distilleries, ce qui nous donna une idée des conditions dans lesquelles ces rhums (clairins) sont élaborés.
On ne peut s'empêcher de faire le lien entre ces arômes végétaux et fruités et le pays dont ils sont issus, on boit un petit peu d'Haïti !


En parlant d'Haïti, Daniele nous a transporté sur place de par ses anecdotes mais il nous a aussi bien fait marrer avec ces histoires de "koko" et de "zozo" (je vous laisserai vous renseigner sur ce que c'est :p), comme en témoignent les photos suivantes :


"De ce poids-là."


"De cette taille-là."
"De cette forme-là."
  
"De cette puissance-là."

Bref.^^

Le Caroni en question (et un ptit truc)
Suite de la dégustation, nous passons aux Caronis en commençant par un rhum qui n'est composé qu'en petite partie de Caroni : le Papalin. En effet il s'agit d'un assemblage de trois rhums, l'un cubain, le second du Venezuela et le troisième, donc, de Trinidad. L'ensemble a donc trois influences différentes et est assez doux. C'est un bon rhum équilibré pour entrer dans les spiritueux de canne de qualité.

Après cette entrée en matière, nous passons au Caroni 1996 version réduite à 55°. Il est excellent, bien supérieur, selon moi, à la version 1994 de 18 ans. Son boisé est très présent mais sous différentes formes, tels que les fruits secs et c'est définitivement un des Caronis les plus agréables qu'il m'ait été donné de boire. Je devrais pouvoir mettre la main sur une version non réduite prochainement, j'ai hâte de voir ce que ça peut donner.

Je ne m'étends pas trop sur Caroni ayant consacré les quatre derniers articles de mon blog à cette distillerie. Mais en deux mots : des rhums atypiques pour amateurs avertis, qui une fois domptés peuvent offrir ces sensations uniques. Il m'aura fallu du temps mais ça y est je les ai apprivoisés et j'espère pouvoir déguster de vieilles bouteilles (surtout les Velier) !



Mon téléphone avec la photo des samples de la boutique éphémère.
Dernière étape du voyage : la Guyane Anglaise et plus précisément la région de Demerara.

Nous avons pu goûter deux des nouveaux embouteillages : Le Diamond 1999 et le blend (assemblage) Diamond and Port Mourant 1995. Je vous ai déjà parlé plusieurs fois de ces rhums ; lors de ma visite à la boutique éphémère où certains de ces rhums étaient disponibles en avant premières (ils n'étaient alors pas encore mis en bouteille) et également lors du Whisky Live il y a quelques mois.

Et des cigares ;)
Confirmation de mes impressions d'alors, le Diamond 1999 n'est pas trop à mon goût, je le trouve un peu âpre, comme trop marqué par le bois.

Je lui préfère le blend, qui pour moi est mieux réussi et plus équilibré entre le distillat et l'influence du fût.

Cependant sur les quatre sortis à la rentrée, ce sont les deux autres (pas en dégustation ce soir-là) auxquels vont ma préférence, le Uitvlugt 1997 et le second blend, le Enmore and Port Mourant 1998 (n'hésitez pas à lire la critique détaillée et très bien écrite : http://durhum.com/enmore-port-mourant-1998/).


De la bogossitude un peu partout (et je ne parle pas (que) de moi :P Hahaha... hum, désolé)


C'est sur ces belles choses et beaucoup de discussions entre amateurs que s'est achevée cette soirée à LMDW, mais qui s'est ensuite prolongée dans un tout nouveau bar à cocktails du second arrondissement : le Mabel.

J'avais déjà pas mal entendu parler de cet endroit et de son vaste choix de rhums, ainsi que ses "vrais" cocktails originaux, pas des trucs à deux ou trois ingrédient, non, de véritables créations gustatives.

J'avais une photo de mon cocktail du soir, mais la qualité plus que médiocre (pour ne pas dire totalement pourrie) de cette dernière m'a dissuadé de vous la montrer - croyez-moi c'est pour votre bien !


Je vais plutôt finir par deux photos marrantes pour conclure cet article et essayer de vous transmettre l'ambiance qui a régné durant cette soirée :)

Merci à Raoul (malgré son gilet ;))
Saurez-vous reconnaître les rhums cachés sur cette photo ? :)

dimanche 14 décembre 2014

Les dégustations : Caroni dans tous ses états - Partie gratuite, la soluce !

Bonsoir amis lecteurs, amateurs de rhums et, j'en suis sûr, des plaisirs de la vie en général.

Il est temps de vous dévoiler quels étaient les Caronis que j'ai pu déguster la semaine dernière.


Il n'y avait non pas un, mais bien deux Bristol Classic, de millésimes différents. Félicitations à Jonathan, qui a trouvé de quoi il s'agissait (même si j'ai appris, que ce n'est autre que lui qui avait fourni mon fournisseur, lui donnant un avantage certain ;))


Avant de vous montrer les bouteilles, dont j'ai trouvé les photos sur le site The Ultimate Rum Guide, je dois vous dire quelque chose de "marrant" : mon fournisseur en question ne se rappelle pas quel rhum il a mis dans quel échantillon. Autrement dit, je ne sais pas lequel j'ai bu en premier et lequel j'ai bu en second... C'est ballot...



Il y en a eu d'autres après.
Nous avons donc le Bristol Classic 1989 et le Bristol Classic 1974 !

Je dois avoir été déçu en apprenant que l'un des deux était ce second millésime, j'en attendais beaucoup plus au vu de l'âge de la bête (et son prix !). 

Il n'y en a pas eu d'autre avant.
J'imagine malgré tout qu'il s'agit du second échantillon, que j'ai trouvé supérieur au premier. En tout cas, c'est une bonne chose de faite et je sais que ces bouteilles ne seront pas de mes futurs achats ; j'ai bien trop de choses à acquérir, Caroni ou non (c'est un des avantages majeurs de la dégustation d'échantillons : savoir si la bouteille vaut le coup avant de l'acheter - ou pas).




Merci à ceux qui se sont pris au jeu sur Facebook, que ce soit sur ma page ou en message privé !



Voilà qui achève ma série d'articles sur cette distillerie de Trinidad. Peut-être y en aura-t-il d'autres lorsque j'aurai mis la main sur de nouvelles bouteilles mais ça risque de ne pas être pour tout de suite ;)


dimanche 7 décembre 2014

Les dégustations : Caroni dans tous ses états - Partie gratuite

Suite à mes dégustations de Caroni des semaines passées, un collègue amateur de spiritueux m'a donné deux échantillons mystères afin que je puisse étoffer mon expérience dans ces rhums de Trinidad si particuliers (merci JC ! :)).
La quantité étant très réduite (entre 1cl et 2cl), je ne pourrai faire qu'une dégustation, va falloir être concentré !

Il est toujours préférable de pouvoir revenir sur un rhum afin de couvrir le plus de caractéristiques possibles de ce dernier, et si possible à quelques jours (et même semaines d'intervalle) mais je ne vais pas me plaindre :D

A priori je me suis dit qu'il devait s'agir d'un vieil embouteillage de chez Velier et d'un Bristol Classic, cela va-t-il se vérifier ?
Mes attentes étaient donc assez hautes puisque, d'un part les vieux Caroni de Velier sont légendaires et d'autre part, les Bristol (surtout les premières versions) sont pour le moins réputés.
J'avais, en outre, pu goûter au dernier Rhum Fest à Paris un Caroni - récent - de cet embouteilleur britannique et avait été plutôt séduit (gardons à l'esprit que mes goûts varient et évoluent assez vite et qu'à l'époque je connaissais peu les rhums issus de
cette distillerie et qu'ils ne me plaisaient pas trop).

Trêve de bla bla, passons dans le vif du sujet !



Et de un !
Échantillon numéro 1 :
La première chose qui se distingue est le voile de goudron qui fait comme surnager au dessus des autres arômes. Une fois cette première couche passée, ce rhum nous révèle beaucoup d'autres choses.
Des éléments "classiques" tout d'abord, avec le boisé et la vanille. L'alcool est très discret, à n'en pas douter une version réduite entre 40° et 45° à vue de nez (haha).
Sont également présents des arômes très séduisants de fruits (pomme et poire). Pour finir il y a comme une impression de fruits secs qui essaye de se frayer un chemin vers votre base de données sensorielle. Bref, un nez agréable et prometteur. Passons à l'étape suivante.

Première impression en bouche : un gros manque de texture, comme si c'était de l'eau et ça c'est décevant. Ce qui accentue ce sentiment c'est l'absence d'alcool. Enfin je me doute bien qu'il y en a de l'alcool mais il se fait discret à l'extrême. Ces deux éléments conjugués rendent l'attaque en bouche très faible.
Heureusement il se passe alors quelque chose qui redonne de l'intérêt à ce rhum : une association empyreumatique et médicinale qui envahit la bouche et s'y attarde plusieurs secondes. La fumée de cette (petite) explosion se dissipe et laisse apparaître des notes de violette.

Le finish quant à lui est assez court et donne vraiment l'impression de laisser la dégustation retomber. On revient sur le goudron que nous avions au tout début. Ajoutez-y un léger mélange de cuir et de tabac et voilà, nous avons fait le tour.


En conclusion, un produit en dents de scie, avec du bon et du moins bon et une impression mitigée.



Et de deux !
Échantillon numéro 2 :
Encore une fois, on ne peut pas se tromper, nous sommes face à un Caroni. Ce nez dominé par le caoutchouc, le tabac et, dans une moins mesure, l'olive ne laissent pas place au doute.
Là aussi nous sommes sur une version réduite sous les 46°, aucun doute (malheureusement).
Ce nez, sans être inintéressant, ne vaut pas celui du premier.

La bouche est d'emblée un peu plus puissante et nous offre un peu plus de texture, ce qui est clairement appréciable.
Puis, à nouveau, ce côté empyreumatique/médicinal super sympa et encore plus envahissant que sur le rhum précédent. Là je pense tout de suite que ces deux rhums se ressemblent. Même embouteillage voire même rhum avec une version réduite à 40° et l'autre à 46° ou quelque chose dans ce style. La conclusion florale est là pour confirmer cette impression (même si ce n'est pas de la violette).

La finale se distingue là aussi par les arômes si typiques de Caroni, auxquels il faut ajouter ces notes fleuries qui persistent ainsi qu'un léger côté mentholé.


Ce second échantillon mystère est moins dans les extrêmes que le précédent. Il n'a pas le nez agréable du premier mais n'a pas non plus ses lacunes en bouche, avec un peu plus de puissance apparente.




Au final, aucun des deux n'est vraiment à mon goût et je leur préférerais d'autres Caronis, parmi ceux présentés dans mes articles précédents. Je dois ajouter tout de même, que je venais de sortir d'un rhume (oui avec un "e" celui-ci ;)) lors de cette dégustation et qu'il n'est pas impossible que cela ait impacté mes impressions du moment...




En tout cas, moi qui, il y a encore quelques mois, me faisait une idée très linéaire et homogène de ces rhums, cette dégustation "à l'aveugle" prouve une fois de plus qu'il n'en est rien. Certains nouveaux embouteillages à sortir chez Velier me font déjà de l’œil (sans parler des très anciens !).

Les futurs (dégustés ici au Whisky Live)

dimanche 23 novembre 2014

Les dégustations : Caroni dans tous ses états - Partie 2

Et voici donc la suite de ma (re)découverte de Caroni :


La "petite" dernière
La troisième, à l'instar du premier vient également d'un grand embouteilleur : Rum Nation (n'hésitez pas à aller jeter un œil à cet article - en anglais - très complet sur Rum Nation : http://thelonecaner.com/rum-nation-the-company/). Cette société italienne offre depuis de nombreuses années énormément de rhums de toutes origines (Jamaïque, Guyana, Martinique, Panama, Barbades et bien d'autres). Cette année encore, Rum Nation a ajouté quelques références à son catalogue ; un rhum blanc jamaïcain très spécial et très impressionnant mais aussi un Caroni (à 55%) et c'est celui qui nous intéresse aujourd'hui.
Il m'a été offert pour mon anniversaire en octobre (merci les amis ! :)). J'avais pu le goûter rapidement au Whisky Live et il m'avait laissé une impression positive. Une ambiance plus feutrée, des papilles vierges et du temps allaient-ils confirmer ?

Le nez, tout d'abord, est atypique de Caroni : il est gourmand ! Les fruits secs dominent, avec la noix et l'amande en tête de peloton. Des notes torréfiées apparaissent également ; vraiment très agréable.
Que ce soit au nez ou en bouche, le côté Caroni est présent mais se fait discret, il n'est là qu'en filigrane. La bouche justement, ce rhum confirme son nez : il est gourmand, même un peu sucré ! Mais loin d'être écœurant, en fait l'équilibre se créé entre cette gourmandise et les saveurs plus classiques de ces rhums de Trinidad, ça fonctionne plutôt pas mal ! Ajoutez à ça la présence de poudre à canon pour réveiller l'ensemble et vous avez un cocktail gagnant.
Le finish ne va pas sans sa touche d'olive mais olive qui aurait mariné des jours dans de la vanille. En fait, soyons francs, ce serait plutôt une gousse de vanille avec un léger arrière-goût d'olive. C'est ce que je reprocherais à ce rhum, la finale est trop sur la vanille, qui l'emporte sur tout le reste.
Conclusion : un rhum qui fait une belle entrée, un vrai plaisir en bouche mais qui malheureusement rate un peu sa sortie. N'oublions pas qu'il est à moins de 60€ tout de même !



Le Caroni agricole - ou pas
Le quatrième de notre liste nous vient d'un embouteilleur britannique de whisky. Beaucoup de ces derniers se frottent au rhum et ont quelques bouteilles dans leur catalogue. A.D. Rattray - puisque c'est de lui qu'il s'agit - est pour ainsi dire inconnu dans le monde du rhum.
J'ai découvert cette bouteille par hasard sur un site néerlandais au hasard de mes pérégrinations sur internet à la recherche de perles rares. Le prix assez attractif pour un rhum si vieux (16 ans) en version brut de fût (61.70%) et mon envie d'en savoir plus sur ces ovnis ont eu vite fait de me convaincre.

Le nez ici est un peu moins expressif et plus sur l'alcool. Cependant après un peu de temps, on y décèle deux éléments (en plus des classiques Caroni) : le bois tout d'abord, bien présent, mais surtout un arôme végétal, qui - ne me lapidez pas - a un petit quelque chose de rhum agricole ; oui je sais, voilà qui est surprenant mais je n'en démordrai pas.
En bouche, le fût est toujours là, mais viennent s'y mêler le tabac et des épices, avec principalement de la cannelle mais aussi un léger côté poivré pas désagréable. Vient se glisser une certaine douceur, le sucre brun est passé par-là. Et pour compléter ce profile intéressant, une petite touche mentholée se révèle.
Le finish est lourd et nous offre des arômes de boite à cigare (cuir et tabac). Une fois de plus le boisé, qui nous aura suivi tout au long de la dégustation, est toujours là, mais avec, une fois encore, un je ne sais quoi que l'on trouve sur certains vieux agricoles. Et de manière très fugace : l'orange. Moi, ça me plait, c'est bon quoi :)



Une mine de saveurs !
Pour boucler la boucle, le cinquième et dernier des Caroni du jour est un autre Velier, celui-ci de 17 ans, ayant été distillé en 1994 et mis en bouteille en 2011 (vieilli à Trinidad jusqu'en 2008 puis en Guyane anglaise pour les trois dernières années). Il s'agit ici de la version réduite à 52%. Une fois de plus un achat sur internet, cette bouteille ne se trouvant plus que sur internet de toute manière...

Le nez ne trompe pas : Caroni (le contraire eut été étonnant), mais... Oui il y a un "mais", il y a tellement plus là-dedans ! Au fur et à mesure de la dégustation, un nombre impressionnant de références olfactives émergent. Bois ? Oui (normal). Caoutchouc ? Oui (classique). Caramel ? Oui (ah tiens...). Café ? Oui (pourquoi pas). Praliné noisette ? Oui (heu, t'es sûr ?). Thym ? Oui (bon là tu te moques de nous !).
Pour ne rien vous cacher j'ai été très impressionné par ce nez, qui n'a cessé de changer et d'évoluer. Je ne suis normalement pas très doué pour identifier les arômes mais ce rhum-là a boosté mon égo :D
En bouche, c'est moins excentrique. L'attaque est sèche et le boisé est bien présent. L'alcool est très bien intégré et il y a du fruit (je ne pourrai pas vous dire lesquels - vous voyez, je ne suis pas si bon ^^).
Le finish est long mais est loin de saturer les papilles, il est presque doux pour un Caroni. Le bois est encore là et vient se distinguer un léger goût de rose (tiens donc !).
Bref, cette bouteille m'a réconcilié avec les Caroni de chez Velier et me donne vraiment envie d'en essayer d'autres - surtout les vieilles ! Il y en a tellement ! Par contre, une fois de plus, c'est un budget, ces bouteilles étant rares et pas toujours faciles à trouver.



Et voilà comment s'achève mon exploration de Trinidad !


J'espère que cet article vous aura plu étant donné le temps qu'il m'a fallu pour l'écrire (et pour déguster) ;)


dimanche 16 novembre 2014

Les dégustations : Caroni dans tous ses états - Partie 1

Chers lecteurs, bonsoir.


Pour la première fois depuis la création de ce blog, je vais me frotter à un compte rendu de dégustation(s). Mais comme j'aime bien ne pas faire les choses comme tout le monde, ce n'est pas une bouteille dont je vais parler mais cinq et avec un idée derrière la tête : me faire une idée plus précise et à la fois plus large des Caroni.

Ce ne sera pas la première fois que je vous parle de cette distillerie mythique de Trinidad, et je ne vous en ai pas toujours parlé en bien, je dois l'avouer. Mythique car produisant un type de rhum comme nulle part ailleurs et parce qu'elle a fermé il y a plusieurs années. En effet l'Etat décida de mettre fin à la culture de la canne à sucre en 2001, ce qui sonna le glas des activités rhumières. Autant dire que ce rhum est amené à disparaître plutôt tôt que tard ; il était donc grand temps que je m'y penche.

Il y a surtout deux embouteilleurs indépendants qui ont, au travers des années, mis ces rhums à l'honneur : Bristol Classic et Velier, chacun avec une approche différente. En effet, l'embouteilleur italien a voulu au maximum préserver la nature, l'essence et la singularité de Caroni en sortant des versions brut de fût ou réduites entre 52° et 55°. L'embouteilleur britannique, lui, présentant des versions réduites, certains diront édulcorées.

Il faut ajouter à ces deux maisons, tout un tas d'autres marques plus confidentielles, qui ont pu, d'une manière ou d'une autre, mettre la main sur un stock du précieux liquide et sortir leurs propres bouteilles.


Photo de famille
Caroni (quelle que soit la bouteille) se démarque dans le monde du rhum. Il développe des arômes qui lui sont propres ; on entend souvent : goudron, caoutchouc... Mais est-ce le cas de tous les rhums issus de cette distillerie ? Certains sont-ils moins abruptes et monolithiques que d'autres ? La gourmandise et la douceur sont-elles possibles dans ce monde de brutes ? D'autres saveurs peuvent-elles survivre à cet univers d'hydrocarbures ?
C'est pour répondre à toutes ces questions, et quelques autres, que j'ai décidé de déguster et comparer, par la force des choses, les cinq différents Caroni en ma possession.

Mais pourquoi ai-je eu... la patience, pourquoi ai-je persisté à vouloir découvrir ces rhums si particuliers alors que ma première expérience ne fut pas encourageante ? Tout simplement parce que c'est Caroni. Alors oui, ça ne vous éclaire pas tellement mais personnellement, l'idée, l'image d'une distillerie abandonnée (et pleine de fûts !), mangée par les hautes herbes, protégée par une simple grille et gardée par une vieille dame seule, eh bien, ça fait plus que juste titiller ma curiosité.
Ajoutez à ça les louanges dont ces rhums font l'objet et voilà qui justifie un minimum de persévérance !




Ma toute première
Trêve de blabla, et passons à la première bouteille, le Caroni 18 ans (distillé en 1994 et embouteillé en 2012) de Velier réduit à 55%. Si je précise ces différentes dates en plus son âge c'est pour vraiment identifier de quel rhum il s'agit (certes il y a la photo à côté mais bon :P), parce que, eh bien, chez Velier, c'est un beau bordel, il y a tellement de millésimes, de versions réduites ou non, d'âges, qu'il est très difficile de s'y retrouver ; personnellement j'ai abandonné tout espoir d'y voir clair.

C'est précisément mon premier Caroni, que j'avais acheté fin 2013 pour... et bien pour en avoir un dans ma collection. Celui-là même qui m'a rendu dubitatif quant à ces rhums pourtant si réputés. Vous comprendrez donc aisément que, bien qu'ouverte en fin d'année dernière, elle soit loin d'être vide.
Plus que simplement pour "avoir un Caroni à la maison", il m'a permis de bluffer quelques amis lors de dégustations.

Au nez, il présente les arômes représentatifs de son origine : caoutchouc (pneu), bitume, ainsi que cuir et tabac (cigare). Jusque-là rien de surprenant (pour quelqu'un qui connait déjà Caroni bien sûr).
En bouche cependant, voilà quelque chose de plus étonnant : de la rose et pas qu'un peu ! Alors évidemment, des roses qui seraient prises dans du goudron tant les deux saveurs, que l'on pourrait penser opposées, forment une alliance pas si contre nature que ça. Le souci c'est qu'il ne m'offre pas tellement plus en bouche, il a même tendance à saturer le palais. Pas de souci niveau alcool, les papilles sont tellement obnubilées par ces goûts extrêmes que les 55° passent tout seul.
Le finish est long (tellement long et marquant que le lendemain matin vous aurez l'impression d'en avoir siroté toute la nuit), on y retrouve la rose mais aussi le bois, pas si présent que ça en bouche, et l'olive noire.
Au final, une créature imposante, pour ne pas dire monolithique et pas très orientée plaisir.




Vu, acheté !
Passons ensuite au Caroni d'un embouteilleur bien moins connu (je n'en avais jamais entendu parler avant de voir et d'acheter cette bouteille), celui de Barangai Rum, de 1997, réduit, lui, à 52%.

Notons ici en passant que Luca Gargano, spécialiste en la matière, explique qu'un Caroni réduit en deçà des 52% perd de sa typicité et en serait gâché.

J'ai mis la main sur celui-ci lors de mes escapades italiennes (dont je vous ai déjà parlé en détails dans d'autres articles) à l'enoteca Arte del Bere à Lazise en août dernier. Ce fut un achat à l'aveugle, chose que je fais très rarement, mais qui me permis non seulement d'ajouter un Caroni à ma collection mais aussi de "remercier" le très sympathique Luca (un autre :P), maître des lieux.

Et que donne-t-il en dégustation ?
Au nez il n'est pas aussi massif que le précédent. On y retrouve cette "trame" Caroni mais avec un accent plus marqué sur le cuir et le bois. Quelques touches de vanille viennent adoucir l'ensemble et l'alcool se fait très discret ; cela laisse présager quelque chose d'assez "doux" en bouche.
Voyons voir si cela se confirme. Eh bien non ! C'est sec et énergique, l'alcool est bien plus présent qu'au nez. C'est boisé, et tannique mais sans être désagréable pour autant. Malheureusement il reste un peu fermé comme s'il ne s'exprimait pas au maximum de ses capacités. La très discrète salinité lui amène un petit quelque chose en plus et est complété par des notes fumées.

La finale - qui pourrait être plus longue - est à nouveau très cuir, qui sera définitivement le marqueur principal de ce rhum ; l'olive vient s'y mêler et enfin les fleurs blanches viennent parfaire ce triptyque sensoriel.



To be continued...



Partie 2
Partie 3
Partie 4

dimanche 2 novembre 2014

Une très sympathique soirée entre confrères

Chers lecteurs, bonsoir.

Dans certains de mes articles, je fais référence à un groupe Facebook : La Confrérie du Rhum.
C'est "simplement" un groupe d'échanges autour du rhum. Les 2800 et quelques membres sont composés d'amateurs en tous genres, du novice cherchant des conseils, aux professionnels partageant leur expérience.

La Confrérie du rhum (comment ça c'est écrit dessus ? :P)


Il y a quelques temps, l'un des confrères lança l'idée d'organiser une réunion, ce qui suscita immédiatement beaucoup d'intérêt (bien sûr il n'était pas question de rassembler 2800 personnes :P). Or deux des membres de la confrérie : Christian et Jerry avaient le local rêvé pour un tel événement : la boutique de l'art de vivre aux Caraïbes, chez Christian de Montaguère, dont j'ai déjà parlé sur ce blog à plusieurs reprises.


Après quelques semaines à ruminer le projet, le concept, le lieu et la date étaient fixés !
Les mardi et mercredi 27 et 28 octobre à la boutique pour une dégustation très variée et riche en surprises :)



Me voilà donc, mercredi dernier, en route vers le 6ème arrondissement de Paris juste après le boulot.

Arrivée un peu avant 19h, ce qui m'a valu un petit cadeau, étant parmi les premiers arrivés, avec entre autre des verres HSE, dont l'un est présentement le contenant d'un ti-punch tout à fait excellent.
J'échange quelques mots avec Jerry puis monte à l'étage où auront lieu les réjouissances.

Quelques confrères sont déjà là et nous nous présentons rapidement. Après quelques minutes, tous les convives sont là et le maître des lieux nous rejoint.

Notre hôte :)

Christian nous présente les rhums que nous allons déguster, au nombre de 6 et de styles tout à fait différents.

Mais avant de passer à la dégustation, nous faisons un petit "tour de table" afin que tout le monde ait l'occasion de se faire connaitre. Notons la présence parmi nous de Cyrille (créateur du Rhum Fest) et Anne, tous deux travaillant pour le magazine Rumporter, oui du beau monde :) Sans compter l'Homme à la poussette bien sûr, hahaha... ha. Désolé...

La Sélection variée du jour (de droite à gauche pour l'ordre de dégustation).

Bref, la dégustation commence.
Nous commençons naturellement par les blancs.

Je vous ai déjà parlé des deux blancs, puisque j'avais pu les goûter sur le salon Dugas. En deux mots, le Trois Rivières a un beau potentiel mais manque de puissance, le même en 50° ou 55° serait le bienvenu.
Le Nine Leaves est très intéressant, dans son style, avec ses arômes de poire et de banane.

Je passe rapidement sur le Origenes 18, typique du style espagnol et qui n'est donc pas/plus à mon goût. Le nez n'est pas désagréable mais en bouche, il ne se passe pas grand-chose et c'est très linéaire...

Le Sixty Six ensuite, on y retrouve les marqueurs de la distillerie Foursquare de la Barbade. Voilà quelque chose qui est plus dans mes préférences. Je l'ai trouvé très proche du R.L. Seales 10, donc tant qu'à faire autant acheter ce dernier puisqu'il est moins cher.

Je vous ai également déjà parlé du Libération 2012, même s'il s'agissait ici de la version réduite. C'est très simple : il est excellent ; l'intégrale (brut de fût) lui étant encore supérieure.

Et enfin (ou pas *regard mystérieux*) le Dillon 12 ans. Quand j'ai vu le line up du soir, je dois avouer que c'est celui qui m'a rendu le plus impatient.
Dillon est une marque que je connais mal et qui souffre de son image de rhum de grande surface à prix très modique. Mais voilà, il y a quelques mois, j'ai eu l'occasion de déguster leur VO (qui coûte à peine plus de 20€) et j'ai été surpris, positivement. Depuis j'en ai entendu du bien mais sans avoir l'occasion de tremper mes lèvres dans d'autres de leurs bouteilles.
Avec la rentrée, ils sortent deux nouveautés : le 7 ans et le 12 ans (ce dernier étant trouvable à moins de 50€ !).
Je n'ai pas été déçu ! Il présente un très bon équilibre entre la canne et le bois, sans que celui-ci prenne le pas sur le distillat, une grande richesse aromatique et une belle longueur.
J'en connais un qui ne devrait pas tarder à se retrouver à côté de ses petits copains agricoles dans mon étagère qui leur est réservée :)





Pensant en rester là, nous avons alors en fait eu droit à une bouteille surprise : un Damoiseau 1995 brut de fût (plus de 66° quand même, ouais ça commence à taper).

Je dois dire, au risque de heurter certaines sensibilités, que Damoiseau ce n'est pas mon truc. Celui-ci ne déroge pas vraiment à la règle même si son attaque m'a bien plu.
Le souci vient ensuite avec un boisé, qui pour moi, est trop présent et d'une nature qui je n'aime pas.

Je sais qu'il a beaucoup plu à pas mal de monde ce soir-là et tant mieux, mais il n'est pas pour moi.




Mais il serait trop simpliste de décrire cette soirée uniquement par ses dégustations.
En, effet, pour moi l'intérêt principal a été de rencontrer et d'échanger avec d'autres amoureux du rhum. C'est grâce à ça que cette soirée aura été si agréable :)
Et cette soirée n'aurait pas eu lieu sans les administrateurs de la Confrérie du Rhum et Christian de Montaguère, merci à vous tous !

Puisque nous sommes aux remerciements, merci Sylvrine pour les photos (oui comme un benêt j'ai oublié d'en prendre...).


Mais ça ne s'est pas arrêté là ! Nous avons eu droit à un ti punch préparé par Christian lui-même avec le nouveau Longueteau 2014 édition spéciale La Route du Rhum.

Il est super bien passé, le dosage parfait a dû y être pour quelque chose ;)

Exercice du bras :)



Ou comment bien finir la soirée ! ;)
On dirait une pub :D






jeudi 16 octobre 2014

Salon Club Expert ou "pas mal de nouveautés en cette rentrée 2014"

A peine 8 jours après le Whisky Live, dont je vous déjà rabattu les oreilles, était organisé un autre salon consacré à différents alcools ; ces vins et spiritueux ayant pour point commun d'être distribués par Dugas, l'organisateur du salon.


Je tiens à remercier avant tout Freddy qui a pu me fournir une invitation !



Lundi 6 octobre, direction le Musée des Arts Forains du côté de Cour Saint Emilion dans le 12ème arrondissement. C'est là qu'a lieu, pour sa neuvième édition le Salon Club Expert.
Après un trajet - trop long - en métro et quelques minutes de marche, me voilà devant une des entrées de ce lieu d'arts à Paris.


J'entre dans le bâtiment et après m'être fait tamponné (le poignet :P), plusieurs choses me frappent immédiatement.

Avant tout la beauté des lieux, les couleurs vives, le décor rococo, les nombreux drapés, tout rappelle le cirque, mais en version classe, donc plutôt en version arts forains :D

Ensuite le monde, c'est plein ! Cela présage quelques files d'attente avant de pouvoir déguster.

Et enfin, il n'y a pas que du rhum, loin de là. je ne m'étais, à vrai dire, pas posé la question et avais supposé qu'il n'y aurait que du rhum... Pas du tout.
Il y avait pas mal de stands de vin et champagne, des whiskies, des sherrys, des sakés etc...


Je consulte le plan fourni à l'entrée et repère rapidement où se situent les quelques 25 stands consacrés au rhum.
25 ça fait beaucoup et je sélectionne donc mes cibles. Mes critères sont : les marques présentant des nouveautés, les marques que je ne connais pas, les agricoles et si possible les trois en même temps.



Je commence fort : La Favorite !


Cette distillerie de Martinique, de taille presque familiale, produit des rhums AOC de grande qualité et est particulièrement connue pour leurs cuvées "La Flibuste" et "Privilège", toutes deux vieillies très longtemps.
La première des deux, que l'on pouvait déguster au salon est vieillie 30 ans ! C'est donc le "millésime" 1984 qui était disponible. Mais nous y reviendrons.


Cinq bouteilles en dégustation chez La Favorite.


Le blanc tout d'abord, le Cœur de Canne. Je n'avais jamais eu l'occasion de le goûter et bien maintenant je sais : il est très bon ! On retrouve tous les marqueurs d'un rhum agricole blanc avec une complexité en plus. Il peut, selon moi, se boire comme ça mais doit également être parfait en ti'punch.

Leur vieux ensuite, le Cœur de Rhum. Je passe vite sur celui-là, il ne m'a pas séduit.


L'un des produits phares du salon, ou plutôt devrais-je dire, deux des produits phares, étaient les nouveautés de La Favorite. En effet, leur offre entre leur vieux et leurs cuvées spéciales (donc grosso modo entre 3 ans et 30 ans) était quasi inexistante. Voilà qui est oublié avec la Réserve du Château version 2000 et version 2002.
La différence principale, autre les deux ans de plus du 2000, vient des fûts choisis. En effet, le 2000 a été vieilli en fût de chêne français ayant préalablement contenu du Cognac, ce qui accentue son côté sec et fruité alors que le 2002 a été vieilli en fût de chêne américain ayant servi à faire vieillir du bourbon, ce qui lui apporte un côté un peu plus gourmand.

Je n'ai, de manière générale, pas de préférence pour le chêne français ou américain, ils peuvent apporter tous deux des choses intéressantes et au final certaines matières premières iront mieux avec l'un ou avec l'autre.
Une caractéristique intéressante de la Réserve du Château est aussi qu'elle offre, sous ces deux formes, une puissance qui est absente des ses très vieux millésimes.

La Flibuste justement, rhum vieilli 30 ans... Le millésime à déguster était le 1984 et cela a son importance, car d'une année sur l'autre le produit change.
Nous sommes sur des produits d'une très grande finesse et d'une grande douceur. Ce qui m'a surpris sur celui-là c'est qu'il est "sucré". Evidemment quand je dis sucré on se comprend, il n'y a pas de sucre ajouté et nous ne sommes pas sur certains traditionnels qui tiennent plus du sirop pour la toux que du rhum. Quoi qu'il en soit, il faut reconnaître que c'est très bon mais ce 'est pas vraiment mon truc, pour moi cela manque de puissance. C'est d'ailleurs pour cette raison que ma préférence irait plutôt à la Réserve du Château.



Autre gros morceau ensuite et une des marques dont je voulais le plus goûter les nouveautés : Trois Rivières.
Cette année, ils font les choses en grand dans cette vieille maison martiniquaise, toute la gamme est revue (ainsi que les bouteilles) et il y a donc plein de nouvelles choses à découvrir et c'est ce que j'ai fait, j'ai tout dégusté :)

Personnellement, j'aime beaucoup le nouveau design :)

Leur blanc tout d'abord, la Cuvée de l'Océan dans son originale bouteille bleue. Cette bouteille fait tout de suite penser à un coup marketing, en effet, en plus de la bouteille bleue, qui se repère immédiatement, il semblerait que les cannes servant à l'élaboration de ce rhum aient les pieds dans l'eau, ce qui lui apporterait un certain côté salin. Autre spécificité, il est réduit à 42°, ce qui est une faible teneur en alcool pour un agricole blanc.
Avec tout ça, comment est-il ? Il est toujours compliqué de savoir si l'on aurait détecté un arôme ou une caractéristique particulière sans que l'on nous l'ait dit au préalable et là, j'ai en effet cru détecter un très très léger goût salé ; mais je crois en effet que si on ne me l'avait pas dit avant, je ne l'aurais pas identifié. Sinon il présente une belle fraîcheur mais malheureusement je le trouve un peu court et avec un manque de force, sans aucun doute les conséquences de la réduction en alcool.
En conclusion, il ne plaira peut-être pas aux amateurs de rhums blancs agricoles plus puissants mais a un potentiel auprès des autres :)

Seconde nouveauté de la longue liste, le VSOP. Jusqu'alors la gamme de Trois Rivières était composée, pour les vieux, d'un 5 ans, d'un 8 ans et d'un millésime, le dernier en date étant le 1999.
Bref, cette gamme comprends désormais un VSOP - rappelons que cela signifie que le vieillissement doit au moins être de 4 ans.
A priori, la philosophie derrière cette bouteille est de rendre abordable les rhums vieux agricoles à des amateurs de rhums plus doux, voire sucrés. Attention, nous restons clairement sur de l'agricole, il n'y a aucun doute. Il semblerait que cette douceur lui soit apporté par la chauffe spécifique lors de la distillation. Cependant, il conjugue de très belle manière ces caractéristiques des rhums de l'AOC et une certaine douceur, ce qui là aussi devrait pouvoir séduire des amateurs de rhums plus doux. De plus, il a un nez à tomber, je pourrais juste le sentir pendant des heures ^^
Pour moi, c'est une très belle réussite et elle se trouve déjà dans mon armoire. :)

Vient ensuite une curiosité : le Triple Millésime. Vous avez dans la bouteille une association de millésimes 1998, 2000 et 2007 et une moyenne d'âge (si je me souviens bien ce que l'on ma dit) de 6 ans et demi. Belle idée de conjuguer de la sorte différents millésimes et cela génère immédiatement un intérêt (en tout cas moi ça m'intrigue).
Je sais que certaines personnes l'apprécient beaucoup mais je dois avouer que je ne lui ai rien trouvé d'exceptionnel, loin d'être mauvais pour autant mais sans réelle identité selon moi.

Passons à leur single cask, ou plutôt devrais-je dire, à leurs single casks (les bouteilles sont donc issues d'un fût unique). En effet, il y en a deux, mais du même millésime, à savoir 2001.
Je dois avouer avoir trouvé ça curieux ; les deux ont été vieillis dans des fûts de même taille et provenance et sont donc de la même année. Je m'attendais donc à avoir des rhums très proches, et bien pas tant que ça !
Il y a deux manières de les différencier : le numéro du fût indiqué sur la bouteille et plus aisément la taille de la bouteille, une étant de 50 cl et l'autre de 70 cl.
La version 50 cl (le fût L169) a un nez superbe mais est pour moi en bouche un peu trop boisé.
La version 70 cl (le fût L1A) est le mieux réussi, à mon goût. Il est plus sec que le précédent et est plus sur les épices, ce qui est tout à fait pour me plaire.


Y'a du lourd !
Pour continuer crescendo, intéressons-nous maintenant au Cask Strenght (brut de fût) 2006 (présenté en 50 cl).

Comme vous le savez sans doute, j'aime beaucoup ces rhums dont l'alcool n'a pas été réduit et qui offrent donc une expérience plus "authentique".
Je suis plutôt positif au sujet de celui-ci. Il est bien équilibré, une fois de plus le travail de vieillissement et de choix des fûts a été primordial (et bien réalisé). Ce rhum a été vieilli en fûts de chêne américain neuf, ce qui est assez rare, puisqu'il y a un risque que le boisé soit trop présent. Mais ici, la contenance de ces fûts était de 400 litres, ce qui va moins marquer que des fûts plus petits.
Bref, au final, l'alcool (55.5°), le boisé et les arômes sont vraiment bien associés les uns aux autres.
Le seul problème pour moi est que la finale (ce goût qui vous reste en bouche une fois le liquide avalé) part sur le bois mouillé, pour ne pas dire un peu moisi ; ce qui se confirme lorsque vous sentez le verre vide. Dommage, cela a failli être un sans faute :)


Le dernier que j'ai pu déguster est leur "nouveau" millésime, le 1995.
Juste bien :)
Une attaque très légèrement sucrée, une belle longueur ; meilleur selon moi que le 1999. Malheureusement il sera mis en vente que dans quelques mois si je ne dis pas de bêtise, alors que les autres, à l'heure où vous lirez ces lignes, devraient déjà être disponibles.

Pour être exhaustif, il faut ajouter un millésime 1980 en carafe Baccarat à presque 2000€ la bouteille et limité à une cinquantaine d'exemplaires ainsi que la Cuvée Princesse, assemblage de très nombreux millésimes (je crois 50 mais là comme je l'écris, ce me semble quand même beaucoup ^^).

Au final, je dirais que cette nouvelle gamme est une réussite et mes préférences vont donc pour le VSOP, le single cask 2001 en 70 cl et le millésime 1995.
J'ajouterai également, même si cela reste à confirmer, que les prix auxquels ces bouteilles sont/seront proposées semblent être tout à fait raisonnables, autre bon point pour la marque !



Une autre marque que je suis content d'avoir pu découvrir (d'autant plus que j'avais loupé le coche au Rhum Fest) est Nine Leaves (merci Jean-Claude de m'avoir indiqué leur présence ;)). C'est un rhum japonais élaboré à partir de sucre roux mis à fermenter (et donc ni de jus de canne ni de mélasse, même si plus proche de cette dernière - merci Pascal pour la précision).

Un des rares rhums du pays du soleil levant

Ils n'ont pour l'instant que trois rhums différents : le blanc et deux versions vieillies, l'un en fût de chêne français et l'autre en fût de chêne américain. Je regrette un peu que seule une commerciale ait été présente, car elle ne connaissait pas très bien le produit ; ce qui ne m'a pas empêché de déguster les trois :P

Le blanc tout d'abord. Il est à 50°, mais est tout de même assez délicat. Il est original à plusieurs égards. Tout d'abord par ses arômes de pomme verte assez présents mais aussi par son finish frais et soyeux.

Les versions vieillies sont toujours à 50° ! C'est bien, ça :) Ou plutôt, c'est bien pour l'une des deux...
Celle utilisant du chêne français donne quelque chose de plus sec mais malheureusement l'alcool est, selon moi, trop présent et brûle un peu la langue, dommage.
La version chêne américain, en revanche, est très très bonne ; pas de souci avec l'alcool et un finish qui m'a fait pensé à certains vins blancs de Bourgogne par son côté beurré, un délice. J'ai hâte de connaitre le prix !




Sucré
Alors que je m’apprêtais à repartir du salon après ces presque deux heures de dégustation et de discussion, je me suis dit qu'il serait dommage de ne pas goûter deux autres nouveautés de cette rentrée, dans un tout autre style que les rhums agricoles décrits plus haut.

Pour commencer, le Diplomatico 2001. J'ai eu à la maison, une bouteille de 2000, qui m'avait relativement plu mais que j'avais eu un peu de mal à finir de par son côté sucré.
Celui-ci par comparaison, m'a semblé un peu plus sucré mais aussi plus fruité et moins boisé que son prédécesseur. Ce n'est plus quelque chose qui me plait mais c'est une porte d'entrée (assez onéreuse tout de même) d'une certaine qualité dans le monde des rhums.

Encore beaucoup plus sucré

Et enfin, le Don Papa 10 ans.

Don Papa, rhum philippin, qui a énormément de succès sur sa version 7 ans. Moi, je n'aime pas, du tout. Trop sucré, arômes trop artificiels.

Je me suis dit qu'avec 3 ans de plus, le produit allait peut-être se bonifier, naïf que j'étais. Toujours très sucré (peut-être un peu moins que le 7 ans), avec cette fois-ci des arômes d'orange, de chocolat et de café. En fait, pour résumer, ça n'a rien à voir avec du rhum.




Et c'est sur ces notes sucrées que s'achève cet article. Et comme quoi on ne garde pas toujours le meilleur pour la fin :D




dimanche 12 octobre 2014

Mon Rhum Live 2014 - Bonus

Bonsoir à tous !


La dernière fois, je vous ai fait le compte rendu de mes dégustations lors du Whisky Live. Mais cela ne suffirait pas à vous restituer mon expérience ; il y a un certain nombre d'autres choses dont je souhaite vous parler.



Cerise !
Avant tout, et j'en ai un peu parlé lors de mon précédent article, j'ai trouvé l'organisation de l’événement assez remarquable : un lieu très sympa, pas du tout l'impression d'être dans un métro aux heures de pointe, un choix tout à fait suffisant de rhums (et du reste), des petits plus, comme ces coupons qui donnaient droit à des cocktails gratuits, du pain (d'un des meilleurs boulangers de Paris) et d'autres petites douceurs, sans oublier des invités de marque, dont bien sûr Luca Gargano et monsieur Capovilla, dont j'ai d'ailleurs pu goûter une eau-de-vie de cerise (j'aurais dû en déguster plus...), mais aussi certains grands noms du monde du whisky.




Mais ce n'est pas tout !


Cette manifestation s'étendait sur trois jours et occupait trois étages de la Mutualité à Paris.
Au sous-sol : les non-whiskys, avec entre autre le rhum et c'est donc l'étage où j'ai passé le plus de temps.
Au troisième : les whiskys, je n'y ai même pas mis un pied, pas le temps et d'autres priorités.
Au cinquième : les masterclass, le bar VIP et les bar collectors.

Ne me demandez pas ce qu'il y avait aux autres étages, je n'en ai pas la moindre idée :P


Je n'ai pas grand chose à dire sur les masterclass, je ne les ai pas suivies... Le dimanche il y en aurait eu une susceptible de m'intéresser mais j'ai préféré consacrer mon temps limité à la dégustation.
C'était celui sur les clairins présenté par... Luca Gargano (oui je sais je fais une fixette ^^) et, théoriquement, les trois producteurs haïtiens des clairins mis en avant la semaine dernière (pour la petite histoire seulement un des trois a pu être présent, les autres étant bloqués à Haïti du fait d'une grève en France).

Je regrette un peu quand même. J'aime beaucoup ces clairins et puis Luca est toujours passionnant à écouter. Une prochaine fois !

En attendant, quelques photos prises par Luca à Haïti.

Il faut savoir que Luca Gargano est reporter pour National Geographic...


Je mets ça là parce que sinon je ne vais pas savoir qu'en faire :
Lorsque j'étais au stand Caroni, j'ai vu débarquer un gars, d'une petite soixantaine d'années, visiblement aviné ou plutôt whyskiné, aborder la jeune femme qui faisait la dégustation à grands coups de : "Servez-moi votre meilleur, mais vraiment le meilleur, le plus cher quoi." Et de lui agiter sous le pif son bracelet VIP, qui apparemment donne aussi le droit d'être grossier.
Elle lui sert bien gentiment ce qu'elle avait de meilleur, et après avoir bu son verre d'une traite, il s'en va sur un "Oui c'est bon, et vous êtes vraiment charmante mademoiselle."
Fallait que je mette ça quelque part, c'est fait.



Le bar VIP, réservé aux... VIP, ouais s't'original. Mais moi, contrairement à un certain nombre de personnes que je connaissais, je n'avais pris que le billet normal.
Bref, ce n'était pas pour moi étant donné mon bracelet de la mauvaise couleur.

Heureusement un confrère (merci JC :)) a pu me faire passer des verres depuis la "zone 51" sous les yeux désintéressés du vigile à l'entrée, dont certains pas mauvais du tout !
Et les rhums en questions n'étaient autres que les nouveaux embouteillages de Silver Seal, encore un autre embouteilleur italien de différents spiritueux, dont la qualité des produits n'est plus à démontrer et qui choisit toujours des étiquettes hautes en couleurs comme vous pouvez le voir sur cette photo qui suit.

Mes souvenirs (assez distants et flous) sont les suivants. Avant tout une gamme assez homogène dans la qualité. Le Panama est sur la douceur et est donc moins à mon goût. Le Barbade est typique de ce pays, et j'aime bien, ses arômes sont assez classiques mais contrairement au précédent, il est sec. Le Demerara (Guyane Anglaise)... je ne m'en rappelle pas, honte sur moi. Il ne m'a pas marqué en tout cas, ni en bien, ni en mal.

Et enfin le Barbancourt (Haïti), mon préféré des quatre. C'était déjà une surprise de voir un Barbancourt, embouteillé par Silver Seal, je ne pensais pas qu'ils vendaient certains de leurs fûts. Le 15 ans chez eux est d'un bon rapport qualité/prix mais je dois avouer que celui-ci m'a fait plus forte impression que le Barbancourt de... Barbancourt ^^ Reste à voir quel sera son prix.

Oh les zoulies couleurs !


J'ai d'ailleurs finalement pu rentrer au bar VIP, un confrère m'ayant prêté son badge presse (merci Cyril !), ce qui m'a permis non pas de goûter d'autres rhums mais de faire un peu plus ample connaissance avec d'autres amateurs du groupe Facebook "La Confrérie du Rhum", dont le géant à la barbe, la pourriture la plus vocale, le pharaon au gros objectif et enfin le Professeur du rhum ;)
Content de vous avoir rencontrés messieurs (et désolé pour ces surnoms ridicules :D).



À ce fameux 5ème étage, il y avait donc également les "bars collectors", un consacré au whisky, on s'en fout, et un consacré au rhum.

Et alors là mes amis, le terme "collector" était loin d'être usurpé ou galvaudé. Je n'ai pas la liste en tête mais il y avait des agricoles aussi bien que des traditionnels, avec par exemple un Caroni 1982, un Port Mourant 1974, un Saint James 1885 (vous avez bien lu !), du Neisson, du Trois Rivières, du JM et beaucoup d'autres, et bien sûr uniquement des millésimes hors du commun.



Quelques centilitres de Légende dans mon verre
Pour goûter à ce genre de pépites, il faut pouvoir mettre le budget. Il y avait un système de jetons vendus à l'extérieur du bar, à 5€ pièce. Pour savoir de combien vous alliez en avoir besoin il suffisait de regarder la carte, chaque rhum "coûtant" un certains nombre de jetons. Pour avoir un verre du Saint James cité plus haut, le plus cher de la carte, il fallait par exemple 10 jetons.


J'ai jeté mon dévolu sur un Skeldon 1973, rhum dont j'ai déjà parlé sur ce blog et que je n'aurai vraisemblablement jamais dans ma cave.
Et bien j'en ai eu pour mes 5 jetons ! Avant tout, la quantité servie (et mesurée) était tout à fait respectable et suffisait largement à apprécier le monstre.
Une couleur foncée, presque rouge laisse présager ce qu'il va offrir : quelque chose d'exceptionnel.
Et en effet, on n'est pas déçu : il y a de tout dans ce rhum, des fruits, du bois, du caramel, du tabac et des épices... Et le tout d'un équilibre et d'une puissance remarquables.

Je regrette seulement de ne pas avoir eu plus de temps pour le laisser évoluer plus longuement :)




Voilà, c'est sur cette expérience unique que s'achève mon récit de ce Whisky Live 2014.